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Un Kabyle au Cap-Vert Abdelli publie son deuxième album pour le label Real World de Peter Gabriel THIERRY COLJON, "Le Soir", 20.05.2003 Abdelli aime prendre son temps. Cela fait maintenant 8 ans que paraissait, chez Real World, son premier album, « New moon ». Après la tournée, le Bruxellois d'adoption a repris son bâton de pèlerin et s'en est allé capter des sons, des instruments, rencontrer des musiciens, pour un très beau disque intitulé « Among brothers » : On ne savait pas trop où enregistrer vu que Thierry Van Roy, mon associé, n'a plus son studio Kirsch à Bruxelles, nous a raconté Abdelli. Et je me suis retrouvé au Cap-Vert pour décompresser d'un chagrin. J'étais à Santiago et non pas à Sao Vicente où se trouvent la plupart des musiciens. Mais j'en ai tout de même trouvé par hasard. Une partie des chansons était écrite et on improvisait pour s'amuser. J'ai découvert là une vraie amitié, profonde et généreuse. Thierry Van Roy, jamais à court d'idées, a des amis en Azerbaïdjan, république d'Asie centrale, plus connue pour son pétrole que ses musiciens. Et voilà qu'il embarque avec lui son Abdelli, l'enregistreur sous le bras et des bandes préenregistrées avec voix et percussions : Les gens y sont adorables, mais qu'est-ce que c'est triste là-bas ! Le pétrole se trouve partout où tu vas. Et puis quelle corruption : tu dois payer si tu veux continuer ta route en voiture ! Ça m'a rappelé la peur en Algérie quand tu dois te barricader chez toi pour éviter de te faire agresser. Vivant en Belgique depuis 1987, Abdelli, qui est né à Behalil, en Algérie, en 1958, a beau croiser son univers musical avec différents musiciens de nationalités très variées, il reste avant tout kabyle, avec ce sens poétique propre à ses maîtres Slimane Azem, Cheikh-El-Hasnaoui ou Zerouk Allaoua, tous décédés en exil. D'ailleurs les chansons d'Abdelli perpétuent ces chansons inspirées par l'exil : J'écrivais déjà ce genre de chansons quand je vivais encore en Algérie. L'exil est ma source d'énergie. Un proverbe kabyle dit : l'exil est la chose la plus proche de la mort. Cela fait partie de moi. Ma mère a 80 ans et je l'ai encore souvent au téléphone. Depuis que je suis petit, j'ai une relation privilégiée avec elle. Elle adore la poésie et m'en récitait beaucoup. Mon père, décédé en 1998, était aussi un poète. De culture soufie. Il a creusé le sol pour le métro de Marseille dans les années 40, avant de revenir en Algérie en 1956. A Mizran. Au bord de la mer. C'est elle qui me manque le plus à Bruxelles. Quand Peter Gabriel est passé à Paris pour son show-case, Abdelli était là et a pu faire sa première partie : Les gens ne s'y attendaient pas, c'était bizarre, mais ça s'est très bien passé. Après, je suis allé dans la salle car je n'avais jamais vu Peter sur scène. A un moment, un de mes musiciens vient me chercher car Peter me demandait de le rejoindre sur scène pour les rappels. On n'avait rien préparé, mais il m'a dit que je m'en sortirais bien. C'est comme ça qu'on a chanté ensemble « Shaking the tree ». Abdelli croit au destin. Il se laisse porter par ses rêves. Certains, prémonitoires, se réalisent. Se produisant énormément sur scène, un peu partout dans le monde, grâce notamment à la connexion Womad, Abdelli s'est professionnalisé et ne doit plus aujourd'hui travailler comme opérateur électronique. Il vit de sa musique et parcourt le monde, chantant son exil et le malheur du monde, gardant l'espoir d'une vie meilleure pour tous. Son disque est un superbe message d'amour et de tolérance. Ses mélodies incitent au chant et à la danse. Bref, au bonheur...· Abdelli, « Among brothers » (Real World-Virgin). |
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