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Le destin et New Moon | 2

Un jour je rencontrai Hamid, tout juste arrivé du Maroc et lui fit découvrir l'Amour Fou. Il y avait souvent là des musiciens talentueux qui venaient chanter ou jouer de la guitare. Le patron était très gentil. Il l'a laissé chanter et, à la fin du concert, je suis passé avec le panier -pour permettre à l'artiste de garder une distance avec son public-. Malheureusement, la prestation de « l'artiste » n'était pas très brillante.

Quand, quelques jours plus tard, me décidant à y aller moi-même, le patron ne me laissa une chance que lorsque je me mis à lui parler de Kateb Yacine, l'homme du « Cadavre encerclé ».

J'ai pris ma mandole, je me suis mis au milieu de la salle et j'ai commencé par une chanson, puis une autre… une cinquième, sans lever les yeux, plongé dans mes rêves, dominant ma gêne en pensant à ma famille, aux gens de ma ville Dellys, cachant ma peur, celle de trouver dans la salle quelqu'un qui me connaisse, qui irait raconter ça au pays… Lorsque je m'arrêtai de jouer, tout le café applaudit. C'était un moment fort d'émotion (le premier examen que je réussissais dans ma vie !).

Depuis, je retournais à l'Amour Fou dès que je voulais me faire plaisir avec un petit concert.
Le jour de la mort de Kateb Yacine, ce grand homme de culture qui lutta pour la reconnaissance de la culture berbère, le patron de l'Amour Fou fut le premier à me présenter ses condoléances.

Mes autres expériences n'ont pas toujours aussi bien marché : l'artiste porte souvent l'image du voyou, du mendiant.

Comme ce jour, devant un restaurant-bar de St Gilles qui faisait la petite restauration d'Afrique du Nord, je me suis dit alors que là, j'allais me sentir un peu chez moi (!). J'étais entré sans frapper, avec un grand sourire, j'avais sorti ma mandole, regardé le barman dans les yeux pour qu'il arrête la cassette afin que je puisse jouer tranquillement… jusqu'à ce que le patron arrive et remonte le son de la cassette avant de me tendre un billet de 200 BEF !

« Lah Inoub (Dieu vous aidera) », me dit-il. Je sortis alors un billet de 500 BEF, le déposai sur le bar et lui répondit : « Cher monsieur, vous êtes encore très loin de comprendre certaines choses de la vie », le laissant planté là comme un clou dans une planche !

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Abdelli >